Mobilisation et réquisitions

Après la déclaration de guerre vient le temps de la mobilisation générale, conformément au plan prévu par les état-majors. Parthenay est le centre de mobilisation de trois régiments : le 114e RI (régiment d’active, y compris les bataillons basés à Saint-Maixent qui se déplacent à Parthenay pour partir pour le front) ; le 314e RI (régiment de réserve) ; et le 67e Régiment d’infanterie territoriale.

Les souvenirs de Maurice BRILLAUD

BRILLAUDMaurice BRILLAUD, un bourgeois parthenaisien mobilisé au 314e RI, nous a laissé un récit intéressant des premiers temps de la mobilisation (il part pour la Lorraine le 14 août avec son bataillon) :

-Le 2 août, réquisition des chevaux place du Donjon à Parthenay : la jument Queen est affectée à un régiment d’artillerie de Poitiers et le grand Roll au train du 114e RI. Les deux sont payés le même prix : 911 F. « estimation purement fantaisiste ».

-Le 3 août. M. Brillaud commande un pantalon Garance chez le tailleur David car il appréhende la taille en série de l’administration militaire. La remise et le jardin (qui sera évidemment dévasté) de la maison des Brillaud sont envahis par des gens du 67e Territorial qui se font habiller et armer. Ils couchent dans la remise sur des bottes de paille. Les territoriaux du 67e et des « civils de bonne volonté » assurent la garde des routes qui sont barricadées.

-Le 4 août. Convoqué pour être incorporé avant 6h du matin à la caserne, Brillaud y « moisit » toute la matinée, dans la cour, en compagnie des autres réservistes. L’après-midi, rassemblement à la caserne puis départ en colonne par quatre vers le garage Desnoues, avenue de la gare, où les réservistes sont habillés. Dîne et couche chez les parents Brillaud. Quarante hommes du 114e RI couchent dans le fenil au-dessus de l’écurie.

-Le 5 août. 5h du matin, avenue de la Gare. « Nous y piétinons sans rien faire ni recevoir aucun avis jusqu’à trois heures de l’après-midi ». Puis départ en colonne par quatre jusqu’à la Caserne Allard pour recevoir fusils et baïonnettes. Retour avenue de la gare dans des cantonnements répartis dans quelques maisons de l’avenue.

-Le 6 août. De nouveau 5h du matin, avenue de la Gare. A 8h, distribution du matériel de campement et des outils portatifs. Exercices de maniement d’armes place du Drapeau dans l’après-midi. Allocution du capitaine Poli. Le bataillon du 114e RI a quitté Parthenay : défilé jusqu’à la gare « musique en tête, baïonnettes au canon ».

Soldat équipé comme en 1914, avec son fusil Lebel et le pantalon garance


-Le 7 août. Distribution dans la matinée du cantonnement, des sachets de pansements, mouchoirs de toile kaki pour les képis, sachets de vivres de réserve et plaques d’identité. Nouvel exercice place du Drapeau l’après-midi. Parthenay plein de gens du 67e Territorial « qui déambulent dans les rues, lourdauds et désoeuvrés ».

-Le 8 août. A 6h du matin, la 24e Cie de Brillaud part route de Bressuire exécuter des tirs par section. Distribution des gamelles. La 4e Section de Brillaud est cantonnée à la Société générale. Service en campagne l’après-midi, route de La Chapelle-Bertrand, à hauteur des Fosses. Brillaud le juge « incohérent » : la compagnie « court en désordre » puis « s’achemine vers Parthenay en colonne par un dans les fossés de la route ». Exhortation du capitaine Poli à se montrer héroïques : rappelle qu’ils sont les « fils des héros de la Vendée militaire ». Reçoit des nouvelles du siège de Liège.


-Le 9 août. La 24e Cie, en tenue click here de campagne, sac au dos, sort de ses cantonnements. Marche militaire de 10 km, le tour de Pompaire.

-Le 10 août. Rassemblement du 2e Bataillon. Marche route de Thouars, jusqu’à Viennay. Exercice de progression. Le 67e Territorial part pour son secteur d’occupation, le camp retranché de Paris.

-Le mardi 11 août. Exercices divers au terrain de manœuvres de Pont-Soutain. On apprend le débarquement des troupes anglaises et la concentration au sud de Mulhouse des troupes du général d’Amade.

-Le 12 août. Marches militaires par compagnies. Route de Faurgé pour la 24e.

-Le 13 août. Derniers préparatifs. Nouvelles imprécises (chute de Liège, entrée des troupes française en Belgique). Départ dans la nuit du 1er Bataillon.

-Le 14 août. Adieux de ses parents qui l’accompagne jusqu’au cantonnement. « Nous tâchons tous de sourire mais quel serrement de cœur ! » Rassemblement à 4h45 avenue de la Gare du 2e Bataillon. Défilé en tenue de campagne au pas cadencé jusqu’au boulevard du Pont-Neuf puis par la rue du Bourg-Belais et le pont de Poitiers, gagne la gare aux marchandises. « Bien que nous eussions convenu du contraire, mon père a suivi ma compagnie du cantonnement à la gare … Il essayait bien de se dissimuler derrière les arbres de l’avenue de la Gare, mais pas assez pour que je ne puisse le voir. A la gare, il n’y tint pas et vint m’embrasser sur les rangs ». La sonnerie « En avant » signe de l’embarquement retentit à 6h, mais il fallut attendre 7h45 pour le départ.


Les soldats sont transportés dans un convoi de 49 wagons contenant les 1000 hommes du bataillon, les chevaux et voitures. Wagons à bestiaux aménagés : 40 hommes par wagons assis dos à dos sur des bancs de bois, disposés au milieu du wagon dans le sens de la longueur.

Passage par Saumur, Tours, Orléans, Blois. Dans les gares de Touraine, « des essaims de femmes et de jeunes filles nous distribuent café, cacao, vin, rafraîchissements et douceurs de toutes sortes ».

Le récit de Georges PICARD

PicardDans ses souvenirs, G. Picard confirme la grande importance des trains et informe sur le changement d’ambiance des départs après la résolution initiale de septembre 1914 :

« En 1914, lors de la déclaration de guerre la ligne Paris Bordeaux Etat put jouer le grand rôle de transport des régiments sans aucun à coup. Les trains de mobilisation passèrent d’heure en heure, comme prévu, tout couvert de fleurs, de verdure, s’arrêtant à Parthenay le temps d’un bref ravitaillement. Les infirmières et les dames de la Croix-Rouge demeuraient sur le quai avec leurs provisions de lait, de café, d’autres boissons … Les soldats en culottes rouges leur faisaient des ovations. Puis, au bout de quelques minutes, le train repartait … Toute l’agitation d’un moment avait cessé. Il n’y avait plus qu’à attendre le train suivant.

Par cette même gare arrivèrent plus tard les réfugiés du Nord de la France, les Belges, les blessés de la guerre … Les départs du 114e Régiment d’Infanterie, du 314e, du 67e Territorial, du 409e avaient eu lieu sur ces mêmes quais. Embarquements de nuit souvent. Les troupes traversaient les rues de la ville en faisant résonner leurs lourds talons. Aux premiers départs, on s’était dérangé. Puis on ne se dérangea plus. Les renforts pour le front partaient par compagnies. De touts petits renforts parfois. Au train de nuit, au fameux express de nuit qui avait repris son parcours régulier malgré la guerre. Ces départs forcément étaient lugubres. Plus de fleurs aux fusils, plus de chansons aux lèvres ! »