Les blessures et le service de santé

Les soldats blessés en 1914-1918 ne sont plus guère victimes d’armes blanches. L’essentiel des blessures, ce sont des perforations et lacérations provoqués par les balles et les éclats d’obus.

Casque Adrian perforé par un éclat d’obus

Le récit d’une blessure et d’une évacuation médicale

Le 2 novembre 1915, Jean GUILLEMET, né à Maisontiers en 1888, est victime d’une blessure à la Harazéé (Argonne), où stationne le 6e régiment du Génie dans lequel il sert.

Extrait du carnet de souvenirs de Jean GUILLEMET

Je vais dans la mine 20, en sortant il était environ 8h30, je reçois une grenade qui m’éclate entre les jambes, me blesse au pied et à la jambe, des fantassins me firent un pansement et deux infirmiers m’emportèrent sur leurs dos à tour de rôle jusqu’au poste de secours (chemin des Rondins).

pansement

Pansement individuel du soldat


Là, le major me fit un pansement à la teinture d’iode et sur un brancard on m’emporte au poste d’évacuation, vingt minutes après je filais en auto jusqu’à une ambulance près de la gare de Sainte-Ménehould, j’y ai passé la nuit. Le 3 novembre, à 14h, je pars par le train sanitaire, je descends à Robert-Espagne, des autos anglaises nous attendent et nous emmènent à Faux Miroir hôpital mixte anglais par Reugny (Meuse). 4 éclats de grenade m’ont été extraits. Tout le personnel était anglais, j’ai été soigné par le médecin-chef. Les premiers jours, j’ai beaucoup souffert. Le 12 novembre, départ position couché, je suis embarqué à la gare de Reugny, départ du train à 4 h et demie du soir, arrivée à Saint-Dizier à 6 heures soir, nous y sommes approvisionnés, nous mangeons la soupe, rata, pain et quart de vin, nous partons ensuite direction le Centre, arrivons à Auxerre dans l’Yonne le matin à 5 heures et demie et Cravant Bazarnes à 6 heures et demie, nous touchons du café et 150g de pain. Nous passons à Saint-Dizier (Côte-d’Or) à 12h30, quatre camarades descendent à Saulieu (Côte-d’Or) à 13h. Arrivée à Autun (Saône-et-Loire) à 17h30 le 13 novembre 1915. Une auto m’emmène à l’hôpital temporaire n°10 Saint-Andoche, lit n°64. De mon lit, j’aperçois la neige sur les monts du Morvan. Le 19, suis changé d’hôpital et suis transporté hôpital mixte. Je quitte Autun le 28 novembre à 15h42, je passe par Nevers, Gien, et arrive à Paris, gare de Lyon à 23h10, jeudi 2 décembre.

Extrait du « Larousse médical de guerre », 1917

Quelques précisions sur l’organisation des soins et l’évacuation des blessés

Dans la « zone des armées » (front et territoire des combats) : chaque régiment disposant en partie de 9 médecins, 16 infirmiers, 64 brancardiers. On distinguait :

-le Poste de click here refuge : où les soldats blessés doivent se panser eux-mêmes ou à l’aide d’un brancardier. Chacun a un paquet individuel.

-le Poste de secours : plus éloigné du combat. Après un transport souvent très difficile à l’aide de brancardiers, on fait ou on refait les pansements effectués avec le paquet individuel. On y commence le premier triage des blessés qui retournent au combat si la blessure est peu importante ou qui se voient établir une fiche d’évacuation fixée au 2e bouton de la capote.

Ceux qui ont besoin de soins immédiats vont dans des postes chirurgicaux avancés à proximité de la ligne de feu et suffisamment à l’abri. Seuls n’y sont réalisés que les interventions d’extrême urgence.

L’évacuation se fait par une ambulance propre à chaque brigade. Elle panse les blessés qui ne l’ont pas été encore, complète les soins, envoie vers l’hôpital d’évacuation ceux qui peuvent l’être par tout moyen de transport. Lorsque le nombre de blessés non évacuables devient trop important, l’ambulance s’immobilise en hôpital d’avant. Au cours de la guerre sont créés des auto-ambulances automobiles.

Ambulance conduite par René BILLAUD, originaire de La Chapelle-Saint-Laurent

Dans la « zone des étapes » (arrière immédiat) : l’Hôpital d’évacuation de l’avant ou Hôpital d’origine d’étapes (HOE).

Placé près d’un quai militaire d’une gare, à 2 ou 6 km des ambulances de l’avant dont il assure l’évacuation. On y fait un diagnostic plus précis des blessés en vue d’une évacuation soit vers la zone des armées, soit vers la zone de l’intérieur. En attendant le train sanitaire, ils sont répartis dans des tentes d’assis ou de couchés, et peuvent être opérés sur place en cas d’urgence et si leur état ne permet pas de transport.

A une distance de 30 à 60 km, des centres hospitaliers situés en ville comportent des services chirurgicaux parfois spécialisés. Un train conduit les blessés de l’HOE à la gare régulatrice pour y être envoyés dans les hôpitaux permanents ou temporaires, ou des dépôts de convalescents et d’éclopés de la zone des étapes (durée moyenne de 14 à 20 jours).

Dans la gare, un dernier tri est effectué. Les blessés légers sont envoyés à l’hôpital d’éclopés ou dans un hôpital ordinaire de la zone des armées. Les moyens et grands blessés sortent des « fils de fer » et sont dirigés vers la zone de l’intérieur. Transport par train.

Dans la « zone de l’intérieur » (arrière)

Elle se divise en zone avant où des hôpitaux sont créés pour éviter de grands transferts aux blessés les plus graves, et en zone arrière comprenant le reste de la France.

Dans la zone avant, ont été créés en plus des hôpitaux militaires permanents des hôpitaux temporaires ou complémentaires dans de grandes bâtiments préexistants (hôtels, lycées, collèges, casernes, ….), voire des baraques transportables ou des tentes en cas d’insuffisance. Il existe aussi les hôpitaux auxiliaires des trois sociétés de la Croix-Rouge. Hôpitaux divisés entre grands, moyens et petits blessés.

Remerciements à M. Christian FLEURY pour ses recherches.