« Le Pote. 1916 » de Germain Rallon, roman de guerre écrit par un instituteur de Thénezay

Roman et expérience de guerre.

« Celui qui n’a jamais fait la guerre peut-il savoir ce que c’est, un copain ? »

Vingt ans après la fin de la guerre, Germain Rallon publie son tout premier roman à compte d’auteur en 1938, Le Pote. Le personnage principal est Rallie : on peut supposer qu’il s’agit de Rallon lui-même.

LE POTE 1916 ed1935

L’action se déroule en 1916, entre la Lorraine et Verdun où son régiment, le 405e Régiment d’Infanterie, participe à la grande bataille.

Tout se passe à hauteur du soldat qu’il a été et il utilise de nombreuses expressions de l’argot des tranchées. Il est beaucoup question de vin, d’alcool, de tabac, de femmes, de peur, de panique, de cadavres, de bombardements terribles, d’artillerie, de Taubes (les avions allemands), de saleté, de rats et de poux…

Au cœur du récit, il y a la grande amitié entre Rallie et Bouboule -« un gros soldat, un rouquin à la démarche pénible, trop gros de corps pour des jambes trop faibles »- que Rallie a pris sous son aile. Dans l’enfer du Front, les personnages tentent de sauver leur humanité.

Écrire contre l’oubli

« Ce livre m’a semblé libérer notre ami Rallon d’une sorte de promesse qu’il avait dû se faire à lui même de publier ce témoignage sur son ami de la guerre, sur son « pote » … » écrit Georges Picard, en rendant compte de l’ouvrage, dans Le Travail du 18 juin 1938.

Mais, à travers le récit touchant de son amitié avec Bouboule, Germain Rallon rend aussi hommage à tous ses « camarades sacrifiés ». Dans Le Travail du 4 juillet 1938, il s’insurge contre l’oubli réservé aux Poilus : « Pauvres morts de la guerre ! Comme notre souvenir s’estompe vite dans le cerveau des ingrats ! »

Son « roman de guerre » est donc un témoignage précieux sur cette formidable solidarité entre les soldats de la Grande Guerre : « Le copain, c’est mieux qu’un camarade, mieux qu’un ami intime, mieux qu’un frère souvent ; c’est un être étrange, très rare, qui ne connaît pas l’égoïsme et qui fera pour vous sans hésiter le sacrifice de sa vie s’il le faut. Il n’est pas nécessaire d’avoir une brillante intelligence, ni des dons particuliers pour faire un click here bon copain ; non, il suffit simplement d’avoir un cœur et de l’écouter parler. »

Dénoncer l’absurdité de la guerre.

Le héros, Rallie est d’accord avec Simon, un Parisien, qui affirme que «  …notre ennemi, ce n’est pas le Boche, c’est l’or, c’est le capital, c’est le financier international. » Mais il pense que cela ne sert à rien de se révolter sur le Front car à l’Arrière, on ne comprendra pas, et que très peu se révolteront et qu’ils seront fusillés.

Dans le roman, Rallie ne parle jamais de « Boches » mais de « Fridolins » (moins péjoratif) et il pleure pour la mère de l’Allemand dont l’avion vient de s’écraser. Le sentiment patriotique et guerrier laisse peu à peu place au sentiment de fraternité.

L’écrivain Charles Braibant salua la parution du Pote, « beau livre, d’un réalisme sans brutalité », qui fortifiait la « haine de la guerre », à travers une écriture simple et émouvante, « où la force de la camaraderie de guerre est indiquée en des mots qui vous arrachent parfois des larmes ». Germain RALLON fait partie d’une génération d’ « écrivains-combattants » (M. Genevoix, R. Dorgelès, …) qui ont essayé de transcrire dans leurs écrits le vécu des tranchées et la solidarité entre poilus.

En 1938, alors qu’un autre conflit se prépare, Germain Rallon, à partir de son expérience de la guerre, cherche à exprimer ses idées de gauche et son antimilitarisme.

Frédéric Dumerchat et Olivier Épié

Remerciements à Marc Rallon, Didier Coupeau, Yves Drillaud, Christophe Matho, ainsi qu’à Mme et Mr Barjault sans qui cette recherche et l’édition du Pote n’auraient pas pu se faire.

Le roman « Le Pote » a été réédité en 2014 à l’initiative de Frédéric Dumerchat et Olivier Epié, aux Editions Marivole.

POTE 2014

 

 

 

 

Bibliographie

Frédéric Dumerchat, « Germain Rallon (1896-1945), Un instituteur et écrivain deux-sévrien dans la Grande Guerre », Le Picton, mai-juin 2014, n° 225 ;

Le Pote, Romorantin, Marivole Éditions, 2014, préface de Frédéric Dumerchat et contribution éditoriale d’Olivier Epié ;

Michel-Pierre Contart, « Germain Rallon. Enfant d’Aubigny, maître d’école et écrivain de Gâtine … », Bulletin de la Société historique et scientifique des Deux-Sèvres, 1989, 335-366 ;

Germain Rallon, L’Ouche aux brebis, Paris, Gallimard, 1941, préface de Charles Braibant, réédition UPCP, 1988, avec une préface de Maurice Poignat.