BERNARD Maurice

Né en 1894 à Parthenay, Maurice BERNARD… est le fils d’Auguste BERNARD, propriétaire d’une importante quincaillerie locale, fondée par son beau-frère, BEAUCHAMP.

Maurice BERNARD mobilisé, sept. 1914

De la classe 1914, Maurice BERNARD est mobilisé en septembre au 6e Génie d’Angers. Caporal en décembre, il reste en instruction jusqu’en avril 1915 où il est envoyé sur le front au sein de la 6e section d’autos projecteurs du 3e Génie, rassemblée au camp de Charras (Courbevoie). Il est embarqué sur un train au Bourget, direction le front d’Artois. De fibre artistique et technique, Maurice BERNARD emporte avec lui ses crayons de dessinateur et son appareil photo. Il va ramener de sa longue période de guerre 19 dessins et aquarelles originales, et un album contenant 142 photos (tirages albuminées ou bromures d’argent), composé et annoté par lui.

Les autos projecteurs avaient une grande importance dans la guerre de tranchées : ces moyens d’éclairage améliorèrent les conditions de l’attaque (éclairage du champ de bataille) ou de la défense (contre les avions). Il s’agit d’un matériel nouveau (car les améliorations techniques des lampes à incandescence sont récentes) : le premier stage « projo-électro » avait eu lieu au 1er Génie de Versailles en février 1914. En 1915, l’armée française s’équipe de projecteurs de différentes puissances. Le projecteur photographié par Maurice BERNARD correspond sans doute au modèle à 60 cm d’ouverture porté sur une voiture Berliet, qui contenait une dynamo actionnée au moment du besoin par le moteur de la voiture, et qui transportait le câble destiné à l’alimentation à distance du projecteur. L’appareil était doté d’un miroir parabolique métallique doré, d’un volet occultateur, et d’une lampe à arc automatique de 60 ou 80 ampères.

La Berliet de Maurice BERNARD est baptisée « La Lucifer » (les tankistes ou aviateurs auront aussi l’habitude de donner un nom à leurs machines). Dans une carte envoyée avant son départ, Maurice demande à sa grande sœur d’accepter d’être la marraine de cette voiture.

Carte-photo auto-projecteur

Verso manuscrit carte-photo ci-contre

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est lorsqu’il est stationné à Warlus (Pas-de-Calais) que Maurice BERNARD trouve le temps et l’occasion de réaliser plusieurs croquis ou aquarelles : portraits de camarades, logement et abris des troupes, paysages. BERNARD, ingénieur de formation, s’intéresse particulièrement aux armes et techniques nouvelles : c’est ainsi qu’il photographie un ballon captif, un « aéro », … Visiblement impressionné par les destructions, il photographie aussi les ruines d’Arras. Cette ville avait subi de forts bombardements (notamment des obus incendiaires) en octobre 1914 : l’hôtel de ville et le beffroi furent alors réduits en cendres. BERNARD prend ainsi sur le vif l’arrivée d’une « marmite » allemande dans une rue d’Arras.

Ruines d’Arras

Ruines d’Arras

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant l’hiver 1915-1916, Maurice BERNARD stationne avec sa section dans le Soissonnais, du côté de Montaigu (Aisne) et du bois d’Offemont (Oise). Ils semblent occupés click here à l’aménagement de tranchées, d’abris (notamment pour des projecteurs) et d’observatoires. Il est arrivé que sa section soit également occupée par la pose d’urgence de fils barbelés.

Pose de fils de fer barbelés

 

 

 

 

 

 

 

 

Présent sur le front de la Somme à l’été 1916, il a la chance de rencontrer un des tout premiers « tanks » britannique du type « Mark-I », qui entrent en action en septembre 1916, ainsi que des pièces d’artillerie lourde sur voie ferrée. L’unité de BERNARD appuie visiblement l’offensive du côté du Bois Foster : il y prend en photo un canon « boche » détruit.

Tank anglais, sept. 1916

« Canon boche »

 

En 1916, la section est affectée principalement au terrain d’aviation à Marcelcave (près de Villers-Brettoneux, Somme). S’y retrouve notamment rattachée l’escadrille C10. Maurice Bernard ira également stationner au champ d’aviation de Palesne, près de Pierrefonds (Oise). Il a donc l’occasion de photographier plusieurs types d’appareils :

-un biplan Caudron G4, l’un des premiers bimoteurs de l’aviation française, en service comme avion de reconnaissance et de bombardement (l’appareil photographié est piloté par un certain d’Haleyrac) ;

-des avions de reconnaissance surnommés « cage à poules » par les fantassins : il s’agit de Farman HF.20, biplan à moteur propulsif, de l’escadrille F60 ;

-le SPAD « moteur fixe Hispano-Suiza » du lieutenant Pinçard (rendu célèbre par son évasion d’Allemagne) ;

-le Nieuport d’un certain du Peutit, dont l’avion est dénommé « La Fuite » ;

-un Sopwith (appareil anglais) ;

-un Morane-Saulnier (sans doute de « type N ») ;

Il photographie aussi les hangars, et la chambre du sous-lieutenant observateur Le Mevel, qui sera porté disparu au-dessus de Noyon (Oise), en mars 1917.

On pourrait croire que le service du génie est peu risqué pendant la guerre ; c’est globalement le cas, mais une des voitures de la section d’auto projecteurs n’en fut pas moins touchée par un obus allemand lors d’un bombardement, près de Dormans. Bilan : deux morts, trois disparus.

Dégâts matériels après un bombardement

 

Versé au 1er Génie en octobre 1916, promu sergent-fourrier en janvier 1917, Maurice BERNARD sera démobilisé alors qu’il était passé au 21e Génie depuis juillet 1917. A part la photo du bombardement Dormans, qui doit dater de la deuxième  bataille de la Marne, l’album ne comprend pas de photos pour cette période, peut-être parce qu’on lui a interdit d’en prendre (il était théoriquement interdit aux soldats de prendre des photos). Après le 11 novembre, il reste au camp d’Amiens, et ne sera démobilisé qu’en septembre 1919.

Maurice BERNARD démobilisé, sept. 1919

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maurice BERNARD, qui était ingénieur diplômé des Arts et métiers, fonde dès son retour les Ateliers de la Chaînette, une grande entreprise locale de ferronnerie et métallurgie. Il sera président de la Chambre de commerce et d’industrie des Deux-Sèvres, et décède en 1969. Il ne parlera jamais de la guerre à ses enfants, sauf pour dire qu’il s’y est passablement ennuyé.